KANONENDONNER
(Complainte du dernier vétéran de Verdun)
O Kanonendonner du volcan de Verdun
Où j’étais légion : et je ne suis plus qu’un !
J’ai au fond de ma vieille oreille usée un bourdonnement incessant qui m’a fait redouter de la tension, maladie à la mode. Heureusement que je n’en ai jamais suivi aucune, de mode : pourquoi ne pas continuer ? Bran de la Faculté !
Je sais ce que c’est : cela s’appelle la canonite. C’est le bruit du canon de Verdun qui, ayant baigné ma jeune cervelle, continue d’y rouler maintenant que ma substance grise devient comme du mastic durci.
(Pourvu que cela me laisse dormir quand je serai, telle la porcelaine des mers, réduit au test ! Cela me rendrait l’éternité insupportable, et je me vois tâtonnant autour de mon crâne dans la tombe, cherchant de mes phalanges sèche à tourner le bouton de cet infernal poste de T.S.F. Absurde ! Absurde ! Comment plier le bras en une gaine si étroite ? Le vrai enfer des morts est précisément de ne pouvoir se gratter là où le passé leur cuit. Les théologiens auraient dû dire : « La Démangeaison Eternelle » -(La démangeaison de Faust. Mort et démangeaison !)
En attendant, quelle chance d’avoir ce haut, puissant et noble bruit en moi ! Qu’est-ce que c’est que cette génération sans visage qui m’entoure ? O l’étrange alevin d’une époque fétide, pleine du cœur discordant des crapauds ! C’était donc pour que cela vint à la face du ciel et s’épanouit que nous nous battions ? Sans savoir que nous défendions une grande morte ! Eh bien ! les glapissements que font ces gens sans nom, ces larves internationales, je les couvre du tonnerre de l’attaque du Mort-homme ; et cela ne compte pas plus à mes oreilles qu’un pet de sacristain dans le roulement superbe des grandes orgues.
Tonnerre aérien, canon de Béthincourt,
Woëvre des puretés de la poudre voilée,
O France, Iphigénie à Verdun immolée
Au veau d’or et au veau de fer – au veau tout court ! –
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