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PREFACE

        L'image est encore dans notre mémoire. Léonce, que nous appelions familièrement « Capitaine » à cause d'une casquette de loup de mer qu'il arborait parfois, tirait son crayon et son calepin de sa poche, levait le premier en l'air, après avoir ouvert le second, et disait d'un air très pédago, affecté bien entendu: «  Proverbe » !

        Nous qui le connaissions avions entendu le mot avant qu'il ne le prononce. Il écrivait le proverbe sur le calepin qui ne le quittait jamais, puis nous le lisait. C'était tantôt un grain de sel, tantôt de poivre ; rarement une goutte de miel. Il avait la dent dure; son malin plaisir était de glisser des pétards sous des chaises où il sentait les gens trop bien assis. Notre rire se mêlait au sien.

        Ces proverbes, c'étaient quelques lignes autour d'un trait d'esprit, d'une boutade, d'un calembour. Cela a donné un petit volume roboratif: De sel et de poivre, où je ne me lasse pas de puiser quand je sens moi aussi des pétards me brûler le bout des doigts.

        Les Paraboles, c'est autre chose. Le « Capitaine » n'en parlait jamais. Parfois, je l'imaginais dans son bureau - un cabanon sous les pommiers, non loin de Brive - en train d'élaborer ces oeuvrettes, avec autour de lui un mystère d'alchimiste, de se délecter, son mégot au coin des lèvres, son visage à la Giono plissé d'un sourire, à semer autour de lui du poil à gratter, de la poudre à éternuer et du fluide glacial.

        Léonce Bourliaguet avait ce don rare de presser la matière du quotidien pour en tirer des vérités éternelles, souvent amères, parfois terribles.

        Ces Paraboles vont beaucoup plus loin que le trait d'esprit à la Guitry ou à la Cocteau. Derrière l'humour qui cingle, on sent la colère, l'amertume, parfois le désespoir de ce solitaire qui, à l'égal du personnage d'une de ses oeuvres, en faisait « un homme qui avait juré de ne se mêler jamais à aucun troupeau ». On sent aussi, à travers un constant bonheur d'expression et une érudition prodigieuse, la pâte d'un grand écrivain, d'un philosophe proche de son héros: le « vieux tonnelier Sartrillon », héritier de Diogène, de Voltaire et de Montaigne.

Michel PEYRAMAURE

 

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