QUELQUES PORTRAITS

 

    Cabirol, grand diable maigre, noir, moustachu et cornu par l’effet de sourcils extraordinairement développés, épaissis, pointés, abritant de petits yeux de charbon qui se posaient et se promenaient sur votre visage avec l’insolence des mouches…

L’homme et le vent

 

    Petit, plus trapu qu’un pressoir sur ses jambes tortes, les bras longs à arracher la mauvaises herbe sans se courber, la bouche fendue comme si son vrai métier eût été de boire les ruisseaux, le regard bas et torve, point de barbe ni de sourcils sur un teint de poterie brûlée, il campait un tel épouvantail que les curieuses s’envolèrent en panique de pies.

Le rêve du Béour – Le Berceau Périgourdin

 

 

    Vite que je vous campe cet étrange Mardondonnais, car la pénombre vous empêche de le bien voir. Remarquez la phosphorescence de ces yeux en ampoule de lampe électrique de poche, l’aspect robuste de ces mâchoires rondes, qui paraissent toujours fortement serrées comme un piège à taupes, ces lèvres plus minces et plus coupantes que celle d’une boîte aux lettres métallique, ces joues creuses que des poils rudes et blancs, encore noirs sur les pommettes, font ressembler à un champ de sarrasin en fleur, ce front plus étroit que la planchette supérieure d’une chaise d’église ou plus ridé qu’un accordéon, ces cheveux plats en javelles blanchissantes, ces vastes oreilles cartilagineuses d’où sortent deux touffes de poils plus revêches que la ronce des ruines, ces mains immenses, ce corps long et noueux, flottant dans de vieux vêtements rapiécés, ces sabots de bois à la pointe relevée en proue de caravelle, et gardez-vous de sourire : l’homme vous ferait un procès. Il aime les visites nocturnes, et ne sort de sa petite maison qu’à l’heure des pisserates ou chauves-souris. Il a une cervelle en labyrinthe, creusée en longueur comme un terrier de taupe, contournée comme la casquette d’un escargot, à compartiments successifs comme l’estomac d’une sangsue, à fine entrée et à large panse comme une nasse, à déclics comme une antique serrure, un escalier spiralé et ronqué de vieux donjon, ténébreuse, toujours à haute température comme une bouteille thermos et cependant plus glacée qu’une citronnade d’été. Si une haute culture avait jeté des chiffres là-dedans, c’eût été le prince des astronomes; des vocables, le roi des polyglottes; des notes, l’empereur des musiciens; des couleurs, le sultan des entrepreneurs de publicité; du vent, le pape des orateurs politiques. Et ce n’est qu’un vieux paysan qui, malheureusement, sait lire, et qui, dans son grenier, ayant trouvé le « Dictionnaire national du droit français », passe ses loisirs, ses veillées, ses insomnies à en lire, relire, apprendre, comprendre, méditer, creuser, assimiler et retenir les différents articles, d’Abandonnement (contrat d’) qui le commence à Vue (droite) qui le finit. Il est résulté de toutes ces lectures désuètes un goût et une aptitude redoutable pour la chicane.

La conversion de Monsieur Sabahu

 

 

    C’était un quinquagénaire de taille moyenne, au torse épais et court durement voûté, perché sur des jambes si longues et si grêles, et nanti de si longs bras qu’il évoquait ces dessins d’enfants où les membres s’inscrivent tous quatre sur la tête, comme si l’homme descendait de l’araignée.

Portrait du Dab dans Castandour.

   

    Il suffisait que M. le Médecin-Inspecteur vînt à l’école pour que la moitié des écoliers rebroussât chemin en voyant sa voiture dépasser leur colonne le long de la rue des Epinettes.

    On ne l’aimait pas ! Les enfants ont, comme les animaux, un flair spécial, subtil et sûr, qui leur permet de reconnaître à prime vue les sales types. C’en était un. Grand, rougeaud, mauvais poil, yeux globuleux, estomac en étrave de péniche, mains d’étrangleur, voix toujours altière et furibonde, il eût fallu pour le caricaturer consentir à le crayonner en beau. Les instituteurs qu’il accablait de notes interminables, d’ordres impératifs, vouaient à tous les diables cette invention du maire de Saint-Valer, homme de progrès ; et M. Latruffe, directeur, prétendait reconnaître son approche aux paniques du baromètre. C’est pourquoi, des caravanes enfantines qu’il dépassait dans la rue, seuls, les héros, telle l’armée de Gédéon continuaient de piétiner vers l’école.

    Il enfilait une grande blouse blanche, mettait une toque et sortait d’une valise de cuir toutes sortes d’instruments redoutables dont le plus curieux était une sorte de clarinette qui lui servait à écouter le dos des gens.

Petit-Oeuf

Léonce BOURLIAGUET

 

 

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