Le Moulin du Lac était assis au bord de la Viviane, là où un grand îlot la partage en deux bras. Il tendait sa digue sur le plus large ; l’eau, ainsi captée en une forte écluse, ne pouvait aller plus loin sans s’être un instant plié au labeur qu’on attendait d’elle. Ah ! c’est une vaillante l’eau ! Mais c’est aussi une folle de sa liberté, elle aime courir, rêver, comme son frère le Vent, et il n’est que les meuniers et les marins pour savoir les prendre l’un et l’autre par l’attrait d’un jouet, une planche, une roue, une aile, et les laisser courre ailleurs, partout et nulle part.

            Au-delà de l’îlot, passait le bras mort qui, asséché en été, devenait alors une sorte de chemin de sable et de cailloux. En réalité, la Viviane travaillait à le boucher, et à relier ferme l’îlot à la grande plaine de labours et de prairies qui s’étalait sur la rive droite. Maintenant, il vous faut planter ses bords de longs peupliers et de hauts chênes poussés si serrés qu’ils étaient étirés et sveltes, certains penchés par l’affouillement des berges, avec des airs d’immenses rames prêtes à battre l’eau. Vaine image ! point de batellerie sur la Viviane ! Rien que des bachots minuscules qu’utilisaient les pêcheurs de chevesnes, et des espèces de lourds pétrins flottants dont se servaient les meuniers pour jeter l’épervier dans les profonds.

Léonce BOURLIAGUET

 

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